Mostrando entradas con la etiqueta France. Mostrar todas las entradas
Mostrando entradas con la etiqueta France. Mostrar todas las entradas

Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France. Champollion-Figeag

Nouvelles recherches
sur les patois
ou
 
De l'imprimerie de Feugueray.
 
 
Champollion-Figeag, Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France.

 

 
Nouvelles recherches
sur les patois
ou
idiomes vulgaires de la France,
et en particulier
sur ceux du département de l'Isère;
Suivies d'un Essai sur la Littérature dauphinoise, et d'un Appendix contenant des Pièces en vers ou en prose peu connues, des Extraits de manuscrits inédits et un Vocabulaire;
 
Par J. J. Champollion-Figeag,
professeur de Littérature grecque à la Faculté des Lettres de l'Académie de Grenoble, Secrétaire de la même Faculté et de la Société des Sciences et des Arts, Officier de l'Université Impériale, Conservateur-Adjoint de la Bibliothèque publique de Grenoble, etc.
 
A Paris,
Chez Goujon, Libraire, rue du Bac, n° 33.
 
Novembre 1809.
 
 
A monsieur
de Langeac,
conseiller ordinaire
et officier de l'université
impériale.
 
Monsieur,
 
En me permettant de faire paraître cet Essai sous vos auspices; vous m' autorisez à croire qu'il ne sera pas indigne de l'attention des savans et de celle du public: à la faveur de votre nom, puisse-t-il obtenir leur suffrage.
Les bergers des Alpes se présentent pour la première fois sur la scène littéraire; moins heureux que ceux de l'antique Latium, ils n'ont point pour interprètes Virgile dans leur langue et Vous dans la nôtre.
Simples comme la nature, ils sont quelquefois sauvages comme elle; je ne déguise pas leurs défauts dans mon travail.
Veuillez, Monsieur, le recevoir comme un témoignage public de ma vive reconnaissance, de mon respectueux dévouement, et agréer cette expression des sentimens que mon cœur vous a voués à tant de titres.
 
J. J. Champollion-Figeag.
 
 
Préface.
 
Chaque département de l'Empire se sert d'un idiome vulgaire qui lui est particulier; presque tous peuvent offrir des pièces soit en vers, soit en prose; où cet idiome est employé, et quelques-uns possèdent des ouvrages imprimés destinés à faire connaître les élémens de ces langues populaires. Ces idiomes divers, considérés isolément, se rattachent les uns aux autres et se lient par des rapports résultans du voisinage des provinces où chacun d'eux est en usage; mais, considérés à deux points extrêmes de la France, ou seulement d'une partie de cet Empire, la différence est immense, les rapports généraux n'existent plus, et chacun de ces patois se présente avec ce qui lui est propre, avec ses élémens
constitutifs. Ces faits bien reconnus ont dû amener de bons esprits à faire des recherches sur ces langues beaucoup moins étrangères qu'on ne le croit généralement à l'origine et au perfectionnement successif de la langue française; de-là les divers Mémoires académiques et les Traités généraux ou particuliers dont les patois ont été le sujet.
Ceux du département de l'Isère étaient pour ainsi dire ignorés; à peine connaissait-on, dans ce département même, quelques-unes des pièces imprimées que les deux derniers siècles avaient produites. J'avais réuni quelques matériaux sur cet objet, lorsque S. Ex. le Ministre de l'Intérieur, par sa lettre du 13 novembre 1807, demanda à M. le Préfet du département de l'Isère des renseignemens sur les patois usités dans cette partie de l'Empire, et des échantillons en vers ou en prose où ces patois fussent employés. S. Ex. demandait en même temps une traduction littérale en langage populaire de la Parabole de l'Enfant prodigue, ce morceau de la Bible, qui ne contient que des idées familières, étant très-propre à servir d'exemple.
Le Ministre ajoutait que s'il existait dans le département de l'Isère des diversités de dialecte assez notables pour devenir sensibles dans la traduction de cette parabole, il désirait qu'on les lui fît connaître, et qu'on indiquât approximativement les limites du territoire où chacun de ces dialectes serait en usage.
M. le Préfet du département de l'Isère me fit l'honneur de me demander un mémoire qui contînt les renseignemens que le Ministre de l'Intérieur désirait obtenir. Jaloux de justifier cette preuve de confiance, je me trouvai heureux de pouvoir satisfaire sous ce rapport un Magistrat aussi chéri que respecté, et de contribuer à remplir les vues d'un Ministre protecteur zélé des lettres et des arts.
Tel fut le motif du travail que je soumets aujourd'hui au jugement du public et à l'indulgence des savans.
Les recherches qu'il a exigées m'ont convaincu que la plupart des auteurs qui ont écrit sur cette matière se sont copiés l'un l'autre; que peu d'entr'eux ont pris la peine de recourir aux documens originaux; que presqu'aucun d'eux ne remplissait la condition sans laquelle il est impossible de bien apprécier ces mêmes documens, c'est-à-dire qu'aucun d'eux ne connaissait à fond au moins un de nos idiomes vulgaires, et ne réunissait sur presque tous des données générales acquises par des voyages faits dans les diverses parties de la France où ces mêmes idiomes sont le mieux caractérisés.
Le défaut de ces moyens a donné lieu à plusieurs erreurs ou fausses interprétations que l'on pourrait reprendre dans la plupart des ouvrages publiés, et pour n'en citer ici qu'un seul exemple, je le prendrai dans un des plus précieux fragmens de notre ancienne littérature.
En 842, les seigneurs français s'étant rendus garant de l'alliance que leur roi Charles venait de contracter avec son frère Louis de Germanie contre Lothaire, promirent par serment que si Louis respectait les conditions de cette alliance, et que leur roi Charles les enfreignît, aucun d'eux ne le servirait contre Louis; le texte porte que si Karlos non lo stanit, si io returnar non lint pois, ne io ne neuls cui eo returnar int pois, etc.,
ce qui signifie mot à mot: Si Charles ne le tient (le serment), si je ne puis l'y ramener, ni moi, ni aucun que j'y pourrai ramener, ne le servirons contre Louis; et d'après la première version connue et servilement copiée, tout le monde a traduit ainsi: Si Charles ne le tient, si je ne puis l'en détourner, ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, ne le servirons contre Louis, c'est-à-dire d'une manière entièrement opposée au texte, et en faisant un contre-sens complet, parce qu'on n'a pas connu la force du mot l'int, illum in, parce qu'on n'était pas familiarisé avec ces crases si communes dans les langues vulgaires, parce qu'enfin on expliquait une langue qu'on n'avait pas cultivée.
En faisant ces remarques, je n'ai pas l'intention de jeter de la défaveur sur les travaux de ceux qui m'ont précédé dans cette carrière, ni la prétention d'avoir été plus heureux qu'eux; en m'empressant de déclarer que j'ai profité des recherches que des écrivains laborieux ont faites avant moi sur les idiomes vulgaires de la France, je crois prouver que je n'ai eu d'autres motifs pour entreprendre ce travail, que celui que j'ai fait connaître plus haut, et qui m'a permis de présenter, à la fin de 1808, à M. le Préfet du département de l'Isère, un Mémoire qui pourrait être regardé comme un des premiers chapitres de la statistique de ce département, mémoire auquel S. Ex. le Ministre de l'Intérieur a bien voulu donner quelqu'attention.
L'ayant revu depuis cette époque, j'y ai fait divers changemens, et ayant obtenu du Ministre la permission d'en disposer, je le livre à l'impression, bien persuadé que son sujet est digne des méditations des personnes instruites.
La première partie est consacrée à des vues générales sur les idiomes vulgaires; la seconde à l'état actuel de ceux du département de l'Isère; et la troisième à la littérature dauphinoise.
L'Appendix contient diverses pièces peu connues, et des extraits de manuscrits inédits écrits en patois; je l'ai terminé par un vocabulaire et une notice bibliographique.
On peut sur cette matière faire beaucoup mieux que moi; mais je serai très-satisfait, si le public et les savans qu'elle intéresse peuvent l'être de mon zèle.
 
 
Nouvelles recherches sur les patois de la France.
 
Première partie.
 
“C'est de la langue vulgaire des provinces que se sont formées les langues française, espagnole et italienne (1: Bonamy, Acad. des Belles-Lettres, XXIV, 597)”.
Il semble que cette vérité, que l'on prendra peut-être pour un paradoxe, va être enfin reconnue par rapport à la langue française. Le gouvernement, intéressé à connaître l'histoire des origines et du perfectionnement de cette langue, veut faire constater les unes et faire discuter les autres (2: J'ai indiqué dans la préface les lettres ministérielles qui ont donné lieu à la rédaction de ce mémoire.)
Dans cette détermination ou reconnaît ce même esprit qui donne l'impulsion à tout ce qui se rattache à l'utilité publique, et, sous plusieurs rapports, les patois ou les langues vulgaires des provinces y sont étroitement lies. Documens précieux pour l'histoire, ils ont été pendant long-temps le moyen qu'employaient les peuples des parties méridionales de l'Europe pour un mutuel échange d'idées, pour le lien commun de leurs rapports politiques et commerciaux.
Ces considérations suffiraient pour donner une grande importance à ces langues vraiment anciennes, quand même leur usage ne rappellerait pas l'existence d'un peuple célèbre qui, tour-à-tour vainqueur et vaincu, ne fut enchaîné avec la liberté des Gaules qu'après avoir fait trembler Rome pour la sienne; et si de grands souvenirs, si des actions d'éclat, si une valeur éprouvée, si un courage qui se retrempait continuellement dans un ardent amour de la liberté et l'attachement le plus inviolable aux rites d'une antique religion; si une renommée qui défiera les siècles, parce qu'elle est liée au souvenir des triomphes d'un peuple auquel le monde fut soumis; si tous ces faits n'engageaient déjà les Français à étudier la partie la plus importante de l'histoire de la Gaule, sa langue, l'esprit national ne leur en ferait-il pas un devoir? Le dixneuvième siècle rendra aux Gaulois leurs sciences, leurs arts et leur industrie, et ce ne sera plus uniquement à travers le prisme des préventions romaines que nous étudierons les origines françaises. Intéressés par leur propre gloire à obscurcir celle des autres, les Romains ne nous ont transmis sur les Gaulois que des idées fausses en général, ou tout au moins suspectes; il semble que ce n'est qu'à regret, ou sans y penser, qu'ils ont laissé
échapper l'aveu des pratiques agricoles (3), des moyens industriels (4), des usages d'économie publique et privée (5), je dirai même des raffinemens du luxe (6) qu'ils empruntèrent des Gaulois.
 
(3) Selon Caton l'ancien et Pline, les Romains durent aux Gaulois l'usage d'employer la marne et la chaux à féconder les terres, et la connaissance de la herse ferrée, de la faux, des tamis, sacs et bluteaux en crin, des vases d'airain, etc.
 
(4) Ce sont les Gaulois qui, selon Pline, inventèrent toutes sortes de roues et de voitures utiles ou de luxe qu'on employait en Italie, l'étamage des vases de ménage, le villebrequin et les tarières, etc.
 
(5) Le même Pline et Philostrate rapportent que c'est des Gaulois que les Romains apprirent l'usage des métaux dans les monnaies, celui de fixer le poids que devait porter une voiture en raison de la forme de ses roues. Pline avoue aussi que les Gaulois connurent l'art de faire le verre avant les Romains.
 
(6) Les empereurs romains adoptèrent, pour leurs vêtemens, malgré la critique et les railleries du peuple, les riches étoffes dont étaient habillés les chevaliers gaulois, et qui se fabriquaient dans la Gaule. C'est aussi dans la Gaule que les Romains apprirent l'art de dorer et d'argenter les brides et les harnais des chevaux. Au rapport de Pline, les Gaulois imitaient dans leurs manufactures la pourpre tyrienne, le violet et l'écarlate. Nous ne parlerons pas des vins, des fruits et autres productions des Gaules qui firent les délices et l'ornement des repas des Romains, ni du bled blanc qu'ils se procuraient à grands frais, etc.
On peut consulter à ce sujet la Notice sur l'Agriculture des Celtes, par M. de Cambry. Paris, 1806, in-8°.
 
Soumettant à leurs armes les villes et les campagnes, ils voulurent aussi soumettre à leur police l'esprit de leurs habitans, leur donner Jupiter pour Dieu et Rome pour patrie. Industrieux en moyens, les Romains n'en négligèrent aucun pour réussir contre les Gaulois, et la langue des Gaules soumises fut particulièrement atteinte de proscription.
Mais ce qu'une longue suite de siècles peut à peine altérer, les armes victorieuses des Romains auraient-elles pu le détruire?
Indépendante comme l'opinion, une langue reste presque toujours elle-même, et conserve pour ainsi dire constamment le type de son origine; ainsi le souvenir de la langue celtique existera pendant long-temps encore; il est attaché à l'existence de la langue française; et si, à son riche patrimoine, celle-ci a vu successivement ajouter les dépouilles de ses voisines, elle n'a pas pour cela renoncé à la partie de son domaine que lui a acquise une possession d'un plus grand nombre de siècles. Toutes les fois que l'esprit de recherches se dirigera sur la langue de la grande nation, le celtique sera le point de départ et attirera les premiers soins. Il en faudra beaucoup pour démêler ce que le séjour des Romains fit ajouter de mots et de tournures de la langue latine à la langue antique des Gaules. Cette epoque est la plus intéressante et pour la langue celtique et pour la langue française. Le mélange de la première avec le latin, et la corruption de l'une et de l'autre donnèrent naissance au roman, avant que l'arrivée des Francs dans les Gaules eût mis en concurrence avec lui le dialecte tudesque ou le frank teuch; et celui-ci, relégué bientôt après clans les contrées du Nord, laissa enfin les Gaulois en possession de la langue romane, qui, polie et cultivée, est devenue la langue de la France, la langue politique de l'Europe.
Ce dernier paragraphe indique la classification des diverses parties de ce mémoire.
Personne sans doute ne contestera la nécessité de connaître les diverses langues vulgaires des provinces de la France et d'en constater l'état actuel. Le moment est peut-être arrivé qui complétera leur altération et marquera leur décadence. L'impulsion que la révolution a donnée à tous les esprits, les déplacemens qui se sont opérés sur tous les points de la France, les mélanges des habitans de différentes provinces résultant des circonstances, la nécessité pour tous de connaître et de parler la langue française, la multiplicité des relations qu'entretient le besoin ou l'ambition, tout semble concourir pour enlever à ces idiomes leurs caractères originels, leur esprit et leur physionomie. Si un jour cette métamorphose s'opère, il ne restera rien alors de ces antiques chartes des peuples, de ces monumens que réclament les premières pages de notre histoire. Tout semble donc se réunir pour applaudir aux mesures d'un gouvernement éclairé qui sollicite les renseignemens que nous allons tâcher de réunir dans cet essai.
Ce n'est pas des idiomes en usage dans les villes que nous nous proposons de nous occuper particulièrement dans ce mémoire. Les villes sont le foyer ordinaire des révolutions qu'éprouvent les langues; on y en voit toujours les agens et dans les hommes instruits qui les polissent, et dans la mode qui adopte des mots et en abandonne d'autres. Cet état des choses existe surtout lorsqu'un conquérant étranger soumettant les villes à ses lois, leur fait un devoir ou une nécessité de parler sa langue. Ainsi lorsque les Gaulois subirent le joug des Romains, les villes de la Gaule furent remplies de fonctionnaires publics et de soldats qui n'avaient d'autre langue que le latin. L'intérêt des Gaulois leur fit un besoin de se faire entendre des Romains; le peuple en trouvait le motif dans le desir d'éviter une vexation ou d'obtenir un service, et les grands dans leur ambition. Les Romains d'ailleurs ne négligèrent aucun soin pour faire adopter leur langue. Tous les actes publics étaient écrits en latin, et les académies qu'ils établirent dans divers lieux de la Gaule auraient suffi pour répandre la connaissance du latin, si le soin qu'avaient les grands et les riches d'envoyer leurs fils à Rome n y eût déjà contribué.
Mais ces mêmes causes qui firent répandre le latin dans les villes, n'eurent aucune influence sur les campagnes. L'état physique du Dauphiné fut d'ailleurs un obstacle de plus à la propagation de la langue latine parmi ses habitans. Vivant au milieu de hautes montagnes, privés le plus souvent de tout moyen de communication, soustraits aux influences étrangères à leurs habitudes, séparés de leurs plus proches voisins pendant la moitié de l'année par des neiges abondantes, exempts d'ambition, ignorant pour la plupart le bien-être des villes, n'ayant qu'une idée confuse de gouvernement et de patrie, de lois et de devoirs, et d'autre règle de conduite que des usages traditionnels et des préjugés auxquels ils sont d'autant plus attachés qu'ils sont eux-mêmes plus ignorans: dans cet état absolu d'isolement, comment changer quelque chose à l'état physique ou moral de ces individus? Le temps peut seul leur faire sentir son influence; et si des pasteurs zélés, voués depuis plus de quinze siècles à l'instruction des habitans de ces montagnes, sont à peine parvenus à leur faire connaître les principes fondamentaux de la religion chrétienne et les premiers devoirs de chrétien; si ces quinze siècles d'instructions familières n'ont pas détourné ces hommes laborieux des pratiques druidiques (7 : Parmi ces pratiques, nous ne citerons que la fête du 1er de Mai, où l'on élit un roi et une reine que l'on pare et élève sur un trône exposé au regard des passans. On se rappelle à ce sujet le Champ de Mai, qui fut ensuite transformé en Champ de Mars.);
 
si, annuellement encore, ils célèbrent la fête du soleil (8), et allument des feux aux solstices (9); quelle influence le court séjour des Romains dans les Gaules peut-il avoir exercée sur ces mêmes hommes, sur leurs idées et sur leur langue? Toutefois nous ne prétendons pas avancer que la langue des habitans des montagnes du département de l'Isère soit ce qu'elle était avant l'arrivée des Romains dans l'Allobrogie; mais en cherchant à prouver que, par cela même que les habitans de ces montagnes eurent moins de rapports avec les Romains, leur langue dut être d'autant moins altérée par le latin, nous voulons justifier la détermination qui nous fait négliger dans ces recherches les patois des villes, parce qu'ils se sont peu à peu francisés, et qu'aujourd'hui ils ne sont pour ainsi dire que la langue française elle-même variée dans ses inflexions.
 
(8) Cette fête se célèbre avec une certaine pompe dans la commune des Andrieux en Valgodemar, et le curé n'y est absolument pour rien.
Tout le village se rend sur le pont; dès que le soleil y paraît, on lui fait l'offrande d'une omelette, et la fête se termine par des danses et un festin. Il existe dans les archives de l'Académie de Grenoble un mémoire historique sur cette fête.
(9) Il est d'un usage général d'allumer des feux de joie, auprès desquels se réunissent tous les habitans, la veille de la Saint-Jean et la veille de Noël, pour ainsi dire le 22 juin et le 23 décembre de chaque année.
 
Il en est ainsi du patois de la ville de Grenoble, et l'on peut s'en assurer par la lettre relative à l'inondation survenue dans cette ville le 20 décembre 1740, lettre écrite à la même époque (10: Voyez l'appendix, n°. 1.), et dans laquelle, à deux ou trois mots près, tels que ceux de cruzieu, lampe, lloupa, boue, brayes, culotte, tout est français ou latin, et tout si conforme à l'esprit et aux tournures de la langue française, qu'en la traduisant mot pour mot et dans le même ordre, on aurait presque cette même lettre en vers français, sans que le sens ni la rime fussent défectueux, tant le patois de la ville de Grenoble était conforme au français vers le milieu du siècle dernier, et depuis il s'en est rapproché chaque jour davantage. On peut donc conclure avec raison de ce fait, qui est le même partout, que le patois des habitans des montagnes doit être le sujet principal des recherches du genre de celles ci.
Mais pour apprécier les causes et la nature des variations qu'a éprouvées la langue des habitans de nos montagnes, nous ne devons pas négliger de considérer les changemens qu'a pu y apporter, dans la majorité des villages, quoique tard, l'émigration annuelle de leurs habitans qu'une louable industrie amène dans le pays bas, c'est-à-dire dans les diverses parties de la France. Mais arrêtons-nous d'abord à l'influence qu'exercèrent sur cette langue les irruptions des Allobroges et des autres Gaulois en Italie (11: On connaît plusieurs irruptions des Gaulois en Italie, qui remontent jusques aux premiers siècles de Rome.).
Nous devrions peut-être faire remarquer ici que le mélange des Gaulois avec les Carthaginois conduits par Annibal, enrichit de beaucoup de mots puniques la langue gauloise. Sans doute il y eut parmi ces Gaulois de l'armée d'Annibal plusieurs soldats qui, comme Autavit dont parle Polybe, apprirent le punique, et aimèrent à parler entre eux, de retour dans leur patrie, la langue qu'ils avaient apprise dans les camps; mais le manque absolu de documens ne permet à ce sujet que des conjectures.
Nous revenons donc à l'influence qu'eurent sur la langue celtique les irruptions des Gaulois en Italie.
Ces irruptions eurent sans doute des effets directs sur cette langue par l'introduction des mots acquis en Italie, et transportés dans l'Allobrogie et dans toute la Gaule par les soldats qui les propagèrent au retour de ces expéditions. Cette circonstance sert incontestablement à marquer la première époque du mélange des mots latins avec le celtique; mais nous croyons pouvoir avancer qu'on a accordé au latin plus d'influence qu'il n'en eut réellement, puisqu'on n'a eu aucun égard aux mots celtiques que les Allobroges et les Gaulois ont laissés en Italie, ni à ceux que les Latins ont empruntés eux-mêmes des Gaulois, après les avoir dépouillés de leur état civil et politique. C'est cette erreur qui a fait dire à plusieurs auteurs que tous les patois venaient du latin; et, on n'a pas fait attention que le latin lui-même avait emprunté quelque chose du celte, et à cet égard l'opinion de Varron n'est pas équivoque. Ainsi on dit communément que le mot français battre vient du latin battuere, et conséquemment que le mot patois battré est dérivé du même mot latin. Mais pourquoi n'a-t-on pas remarqué que le mot latin battuere n'est employé dans ce sens que par Plaute et Naevius, et non par les auteurs latins qui sont postérieurs à la conquête des Gaules; d'où l'on pourrait presque conclure que le mot battre appartenait à l'ancienne langue des Gaulois, puisque les bons auteurs latins, tels que Tite-Live et Cicéron, Virgile et Horace semblent l'avoir banni de leurs ouvrages comme un mot barbare et exotique. Si cette observation se vérifiait, il en résulterait que nos idiomes vulgaires, la langue française, l'espagnole et l'italienne, qui ont la même origine, et où l'on trouve ce mot avec la même acception, ne le devraient pas au latin. Sans doute de semblables remarques deviennent difficilement des vérités; nous ne donnons même celle-ci que comme une conjecture; mais s'il était possible de connaître la série des mots primitifs d'une langue, ou plutôt la série de tous les mots d'une langue à une époque donnée, et que cette série fondamentale fût, après un certain nombre d'années, comparée avec la série des mots qui appartiendraient alors à cette langue, on connaîtrait exactement ceux qui s'y seraient introduits depuis l'époque de la première série; et l'histoire des rapports civils, politiques, militaires et commerciaux qu'aurait eus avec des voisins ou des étrangers éloignés le peuple dont la langue servirait à cette observation, indiquerait incontestablement la cause de l'introduction de ces mots et leur étymologie. Ainsi le séjour des Maures en Espagne a enrichi la langue espagnole d'une infinité de mots et de tournures arabes; ainsi l'expédition d'Egypte a laissé le souvenir ineffaçable du séjour qu'y ont fait les Français, dans les mots français d'arts ou d'agriculture qu'ont incontestablement adoptés les habitans de l'Egypte. Cette vérité sert à prouver l'influence des expéditions militaires sur la langue des peuples vaincus et sur celle des vainqueurs.
Nous avons donc dû ne pas passer sous silence celle des Allobroges et des autres Gaulois conquérans de l'Italie sur la langue latine, et réciproquement celle des mots transportés de l'Italie par les Allobroges et les Voconces dans leur propre patrie, deux causes qui y ont également contribué au mélange du latin avec le celtique.
Nous devons considérer comme une troisième de ces causes l'émigration périodique des habitans des montagnes du département de l'Isère, qui vont exercer dans diverses parties de la France, et notamment dans le midi, une industrie mercantille bien utile à leur famille. Pour que cette considération ressortît dans toute sa force, il serait peut-être nécessaire de prouver que ces émigrations ont eu lieu dans tous les temps. Si elles n'étaient que le résultat d'une coutume ou d'une convention, on pourrait élever des doutes sur leur ancienneté. Mais nous pensons que cette ancienneté est prouvée par le fait lui-même qui n'a d'autre règle que le besoin, d'autre moteur que l'intérêt, et l'intérêt et le besoin sont de tous les temps et de tous les lieux. Il n'y a donc point de doute que l'émigration annuelle des habitans des montagnes du département de l'Isère n'ait eu une influence marquée sur la langue de ces montagnards.
Cependant on doit remarquer que la majorité des habitans gardant les pénates, et cette majorité se composant des vieillards, des femmes et des enfans, c'est-à-dire, de la portion de l'espèce humaine qui parle le plus, la langue mère se conservait plus intacte, et ce n'était qu'à la longue qu'un mot étranger pouvait s'y introduire. On sait d'ailleurs que, parmi ces esprits bornés, toute nouveauté qui n'éblouit pas est accueillie par un rire dédaigneux et satirique.
Il est une autre cause qui influa puissamment sur l'altération de la langue primitive des Gaules, et cette cause fut la fondation de Marseille par une colonie de Phocéens ou d'Hellènes (12 : L'an 599 avant J. C., selon Cary, Dissert. sur la fondation de Marseille, page 66.).
Nous ne discuterons pas ici la vérité de ce point historique, qui d'ailleurs est d'accord avec la tradition. On a contesté l'arrivée de cette colonie de Phocéens et la fondation de Marseille qu'on lui attribue. Avec du pyrrhonisme et du goût pour de nouveaux systèmes, on peut faire de l'histoire un dédale inextricable, et assimiler les historiens les plus accrédités aux ouvriers de Babel. Mais n'oublions pas que l'histoire mal traitée donne plus de préjugés que l'ignorance (13 : Cambry, Agriculture des Celtes).
Quoi qu'il en soit on ne nie pas que Marseille ait été habitée par des Grecs, ou du moins par des personnes qui n'avaient d'autre langue pour leurs relations et pour leurs monumens que la langue grecque (14).
(14) N'oublions pas cependant que les Marseillais usèrent avec une égale facilité du grec, du latin et du celtique dans leurs relations commerciales. (S. Hyeronimus, pref. ad Comment. in Epist. ad Galathas.)
 
Ce point bien reconnu nous suffit pour établir l'influence du grec sur le celtique, influence résultant du besoin qu'avait toute la Gaule d'entretenir des relations avec la ville de Marseille devenue l'entrepôt de tout le commerce gaulois, surtout avant que les Romains, en partageant le produit de l'industrie des Gaulois par des associations aussi injustes que sordides (15 : M. Tullius Cicero, Oratio pro Fonteio.), eussent ruiné ce même commerce gaulois après l'avoir découragé.
Ce que nous venons de dire prouve que nous n'admettons pas dans toute sa plénitude le rapport de Strabon, qui avance que les Gaulois ne fréquentèrent les Marseillais qu'après la conquête des Gaules par les Romains (16 : Strabo, Rerum geographic. lib. II.).
Sans nous engager dans une discussion qui nous éloignerait du sujet de cet essai, il suffira de dire qu'avant les premières conquêtes des Romains dans la Gaule, conquêtes qui précédèrent celles de Jules-Cesar de plus de soixante ans, les Romains avaient fait alliance avec les Marseillais, qui en avaient eux-mêmes contracté une avec divers peuples de la Gaule, et notamment avec les Aeduens (17 : L. Florus, de Gestis rom. III, 2.).
Les peuples de la Gaule étaient donc en rapport avec les Marseillais avant l'arrivée des Romains; la langue des Marseillais, la langue grecque, contribua donc à l'altération du celtique.
En admettant que les diverses circonstances que nous avons indiquées ont eu une influence plus ou moins directe sur la langue des Gaules, on aperçoit combien il est difficile de reconnaître, d'indiquer et de classer les différences qui en résultent, surtout en les considérant par rapport aux temps et par rapport aux lieux. En effet, comment constater des altérations chronologiques lorsqu'on n'a pour point d'appui que des conjectures, ou des monumens dont la date n'est pas certaine? Comment constater des altérations locales, lorsqu'après avoir reconnu qu'une seule et même langue fut à une époque donnée la langue de toute la Gaule (abstraction faite des différens dialectes particuliers aux provinces), on voit presque aussitôt des circonstances de diverse nature se presser sur tous les points extrêmes de cette contrée, l'opprimer de toutes parts, altérer son gouvernement, détruire ses limites, et miner les bases de son existence politique et morale? Comment enfin constater les altérations littérales lorsqu'il s'agit de qualifier un mot mêlé parmi cent autres, de reconnaître une désinence particulière à quelques mots, et quelquefois commune à un grand nombre? Ce sont-là des obstacles qu'on ne saurait se dissimuler, et, sans avoir la prétention de les vaincre, aux observations précédentes, nous en ajouterons une nouvelle non moins importante dans le sujet qui nous occupe.
Pour caractériser une langue dans tout ce qui lui est propre, c'est dans l'intérieur du pays où elle est parlée qu'il faut l'étudier. C'est là seulement qu'on la trouvera étrangère aux tours, aux inflexions et aux accens de la langue des voisins.
Les langues de deux peuples frontières se mêlent par le contact de ces deux peuples, comme leurs idées, leur caractère et leurs coutumes prennent une teinte commune; ainsi dans l'étude des idiomes parlés dans les pays frontières de la France, on doit avoir égard à l'influence de tous les jours et de tous les instans qu'exerce sur cet idiome la langue des peuples limitrophes. Cette influence a été remarquée dans tous les temps, et Strabon (18 : Ibid. lib. IV, 176.) avait observé que la langue des Aquitains voisins des Pyrénées, avait beaucoup de rapports avec la langue des habitans des Espagnes. Ainsi de nos jours le patois des provinces voisines de l'Espagne, renferme beaucoup de mots arabes empruntés des Espagnols; ainsi le piémontais est un mélange de vieux français et d'italien (19); ainsi donc le grec de Marseille est répandu dans les idiomes des contrées voisines de la Méditerranée, et il n'est pas étranger à la langue des Allobroges.
 
(19) C'est peut-être trop considérer cet idiome par rapport à son état actuel. Mais il ne faut pas oublier que dans des temps peu reculés le Piémont n'eut d'autre langue que celle de la France méridionale, de l'Italie et de l'Espagne, c'est-à-dire le roman. Ce fait n'est contesté par personne, et on en trouve une preuve irrécusable dans les livres qui nous restent de la secte des Vaudois qui habitaient les vallées du Piémont. Ces livres consistent en quelques manuscrits très-rares en France et par-tout ailleurs, si ce n'est en Angleterre où doivent exister (à Cambridge) plusieurs manuscrits envoyés en 1658 à Olivier Cromwel (Oliver Cromwell), qui les avait demandés aux pasteurs vaudois.
Tous ces livres sont en langue vulgaire et datent du dixième siècle, même de plus loin, selon quelques auteurs. La bibliothèque de Grenoble possède un manuscrit en langue vaudoise.
C'est un Nouveau-Testament sur vélin, de format in-12 quarré, écrit en lettres rondes et à deux colonnes, sous le n° 8595. Il paraît être du 13e siècle; il se trouve indiqué dans le catalogue du fonds de M. de Caulet, comme étant un Nouveau-Testament traduit en espagnol. Il suffit d'y jeter un coup-d'œil et de le comparer aux passages cités par Jean Léger dans son Histoire des Eglises vaudoises, pour s'assurer que ce Nouveau-Testament appartient à la secte et à la langue vulgaire des Vaudois. Ce que j'ai dit de la rareté des manuscrits de ce genre m'engage à publier la parabole de l'Enfant prodigue extraite de celui de la bibliothèque de Grenoble. (Voyez l'Appendix, n°. 2.)
On peut comparer ce morceau avec les fragmens provençaux de divers siècles publiés par M. Millin dans son Essai sur la langue et la littérature provençales.
 
Nous venons d'indiquer les diverses circonstances qui y apportèrent quelque changement; quelque active qu'ait été leur influence, elle ne détruit pas la vérité de l'observation que nous avons précédemment faite, qu'une suite de siècles et des circonstances impérieuses peuvent seules dénaturer les langues. En parcourant les diverses époques de celle de la Gaule, et plus particulièrement de la langue vulgaire du département de l'Isère, en constatant son état actuel, on reconnaîtra la vérité de cette assertion, qu'une langue reste pendant long-temps elle-même, et conserve pour ainsi dire constamment le caractère de son origine. Si cette vérité est applicable à la langue française, que les hommes célèbres dans chaque partie des sciences et des lettres ont si souvent soumise à leur goût et si souvent à leurs caprices, avec plus de raison encore cette vérité est-elle sensible lorsqu'il s'agit de ces idiomes soustraits par leur nature aux recherches des gens instruits et aux caprices de la mode. En indiquant l'état de la langue vulgaire du département de l'Isère dans les diverses époques de son histoire, nous fournirons une nouvelle preuve de cette assertion.
On admettra sans doute, comme nous venons de le dire, que les langues ne se dénaturent qu'à la longue; les idiomes de la Gaule le prouvent, et ceux des contrées éloignées rendent le même témoignage. Ainsi St. Augustin, pour remplir les devoirs de son ministère en qualité d'évêque du diocèse d'Hippone en Numidie, fut obligé d'avoir des interprètes qui parlassent punique pour se faire entendre des habitans de la campagne (20), et cependant depuis plus de six cents ans (21) les Romains avaient porté la langue latine dans la Numidie (22);
(20) Bonamy, Académie des Belles-Lettres, XXIV, 589.
(21) L'an 201 avant J. C.
(22) Ainsi, après la conquête de la Perse par le calife Othman, les actes publics du gouvernement furent écrits en arabe; mais le peuple conserva toujours sous la domination des Arabes sa langue maternelle, c'est-à-dire le persan. Ainsi en Egypte, les naturels égyptiens ont conservé pour ainsi dire jusqu'à nos jours leur propre langue, le copte, quoique leur pays ait passé successivement sous la puissance des Pasteurs, des Ethyopiens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Arabes et des Turcs. Ainsi enfin les Chinois ont conservé leur langue, quoique depuis plusieurs siècles la langue de la cour et celle des actes publics soit le tartare-mantcheoux.
 
mais en Afrique comme dans les Gaules, le latin fut la langue du
gouvernement, des hommes instruits et des fonctionnaires; mais jamais elle ne fut celle du peuple: dans la Gaule, il parla toujours le celtique, qui s'altéra graduellement, qui prit peu à peu une physionomie latine, physionomie qui l'a fait appeler mal-à-propos latin vulgaire, parce que la langue latine n'a été dans aucun temps la langue vulgaire des Gaules.
Ce que nous allons dire pour démontrer cette vérité trop long-temps contestée et qu'il faut enfin reconnaître, se rapporte également et à tous les idiomes de la Gaule en général, qui n'avaient dans le principe que quelques différences d'inflexions, et à l'idiome de l'Allobrogie en particulier, qui avait aussi son inflexion particulière.
Les Romains, maîtres de la Gaule, y parlèrent latin et se servirent de cette langue dans tous les actes émanés de leur gouvernement.
Nous avons déjà dit que les fonctionnaires publics et les hommes instruits parmi les Gaulois furent les seuls qui parlèrent dès-lors la langue des Romains. On a cru prouver le contraire, et établir que le latin fut la langue vulgaire des Gaulois, en rapportant que les prédicateurs de la morale évangélique, qui vinrent répandre le christianisme dans les Gaules, écrivirent en grec ou en latin. On a cité particulièrement Saint-Irénée; on a dit que Saint-Jérome écrivant à Hédibie et à Algazie, Saint-Hilaire de Poitiers à sa fille, Sulpice-Sévère à sa belle-mère, et Saint-Avit de Vienne à sa soeur, rédigèrent leurs lettres en latin; enfin que Sidoine Apollinaire cite les ouvrages d'Horace, de Varron, de Prudence et de Saint-Augustin, comme les ouvrages à la mode parmi les dames gauloises (23 : Discours préliminaire du Glossaire de la langue romane, par M. Roquefort (Paris, 1808, 2 vol. in-8°), ouvrage indispensable pour l'étude de l'ancienne littérature française, et dont j'ai rendu compte dans le Moniteur du 26 juin 1808.)
Mais nous demanderons d'abord si les prédicateurs évangéliques, si Saint-Jérome, Saint-Hilaire, Sulpice-Sévère et autres auteurs qui tenaient tous à l'Église, étaient obligés de connaître la langue des Gaulois, eux qui étaient presque tous étrangers aux Gaules? et ensuite, en accordant même qu'ils connussent cette langue, nous demanderons encore s'ils auraient osé s'en servir dans leurs écrits, puisque l'Église avait adopté exclusivement l'usage du grec et du latin, et que le latin était le seul idiome professé dans les académies de la Gaule, le seul dont se servissent les gens instruits, quoique le celtique fût généralement parlé par la masse des individus? Ajoutons que Saint-Irénée lui-même écrit à un de ses amis que depuis qu'il vit parmi les Gaulois, il a été obligé d'apprendre leur langue. N'oublions pas non plus que le sceptre de fer des Romains était toujours là pour prescrire la propagation du latin, qui était la langue de l'état. Ainsi un habitant des départemens méridionaux de la France qui écrira un ouvrage, même une simple lettre, l'écrira en français, quoique le provençal ou le languedocien soit sa langue maternelle et une langue cultivée. Ainsi dans les départemens réunis, un délai fatal fixé par le gouvernement a établi l'usage irrévocable de la langue française dans les actes publics, et on écrit tout en français, quoiqu'on y parle vulgairement allemand, piémontais ou italien. Dans l'étude des anciens on ne doit jamais perdre de vue ce qui se passe chez les modernes dans des circonstances semblables, parce que les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes besoins et les mêmes passions. Répétons donc que les assertions que nous venons de réfuter ne peuvent nullement servir à prouver que le latin ait été à une époque quelconque la langue vulgaire des Gaules. Le peuple des villes, le peuple des campagnes, et particulièrement celui des montagnes, conservèrent la langue de leurs pères, et c'est cette langue altérée et mêlée de mots latins que les Romains appelèrent dédaigneusement lingua rustica, langue rustique, langue des campagnards; mais cette langue rustique résista long-temps à toutes les entreprises des latinisans, et dans les deux premiers siècles de l'ère vulgaire, elle subsista toute entière, puisqu'au troisième; en 230, une ordonnance de Septime-Sévère porte que les fidéi-commis seront admis dans toutes les langues, non-seulement en latin et en grec, mais encore in gallicanâ, en langue gauloise, qui n'était sûrement pas la latine (24 : Digest. lib. XXXII, tit. I, pag. 11 - ou II : 2).
On doit fixer à cette époque le commencement d'un idiome autre que le celtique et le latin, idiome qui fut en usage dans la Gaule, et qu'on doit considérer comme la vraie source de la langue romane, qui a survecu au celtique et au latin.
Dès le cinquième siècle nous trouvons cet idiome gaulois bien caractérisé, et Sulpice-Sévère nous fournit à ce sujet un passage classique auquel il semble qu'on n'a pas fait assez d'attention.
Dans son premier dialogue (25 : Sulp.-Sev. Opera omnia. Lugd. Batav. Hackius, 1647, p. 543), Gallus, l'un des interlocuteurs, est prié de faire connaître les hautes qualités de Saint-Martin de Tours; Gallus s'en excuse en donnant pour raison qu'il ne convient pas à un Gaulois comme lui d'entretenir des habitans de l'Aquitaine, et qu'il craint que leurs oreilles délicates ne s'accommodent pas de la rudesse d'un langage trop rustique. Sed dum cogito me hominem Gallum inter Aquitanos verba facturum, vereor ne offendat vestras nimium urbanas aures sermo rusticior.
Tu vero, répond Posthumianus, principal personnage des dialogues de Sulpice-Sévère, tu verò vel celticè, aut, si mavis, gallicè loquere, dummodo jam Martinum loqueris.
“Vous pouvez nous parler celte ou gaulois, pourvu que vous nous parliez de Martin”.
Ainsi la langue celtique n'était pas celle que les Romains appelaient gallica. Mais doit-on conclure du passage de Septime-Sévère que les Gaulois parlaient, outre le celtique et le latin, un autre idiome connu?
On répond affirmativement à cette question, en observant qu'il est constant que le latin, qui fut la langue de la plupart des habitans des villes, devint peu à peu un latin barbare, corrompu dans ses mots comme dans leur terminaison et dans leur arrangement, et c'est de ce latin que parlaient les Gaulois, et du celtique corrompu par le latin, et du latin lui-même, que naquit cet idiome, si informe dans ses principes, si variable dans ses règles, mais si doux ensuite sur le luth des Trouvères et des Troubadours, le roman.
Mais l'idiome roman ne fut réellement un idiome qu'après qu'une suite de conquêtes sur le celtique et sur le latin en eut fait une langue commode pour tous ceux qui la parlaient, puisqu'elle se rapprochait en même temps des deux langues principales de la Gaule devenue province romaine, c'est-à-dire du latin dont on avait oublié les règles, ou dont on négligeait les terminaisons, et du celtique déjà ébranlé dans ses fondemens.
Les progrès de la langue romane furent lents; au sixième siècle Beaudemon écrivait encore la vie de Saint-Amand en langue rustique, rustico sermone. En même temps (en 552) Grégoire de Tours se plaignait de ce que peu de personnes étaient capables d'entendre un rhéteur (latin), tandis que presque tous, dit-il, comprennent un homme qui parle la langue rustique: Philosophantem rhetorem intelligunt pauci, loquentem rusticum multi. Aux septième et huitième siècle, les conciles de Tours et de Rheims, qui représentaient l'église des Gaules et de la Germanie, ordonnaient que les homélies des saints, pour être entendues par le peuple, seraient traduites par les soins des évêques en langue rustique: Ut easdem homelias facilius cuncti possint intelligere, quisque transferre studeat in rusticam romanam linguam (26 : Concilia, tom. VII, 1249, 1256, cap. XV, pag. 1263, cap. XVII).
Ces deux passages prouvent-ils que le latin fut dans les sixième, septième et huitième siècle la langue vulgaire des Gaules?
Non sans doute, et cet état des choses dura long-temps encore puisque, vers l'an 800, il était d'un usage général dans toutes les églises de France d'expliquer en langue vulgaire l'histoire du saint dont on célébrait la fête, et que dès cette même époque on ne conserva plus au vrai latin la terminaison de ses mots et le tour originel de ses phrases.
Ainsi chaque siècle marqua dans la Gaule la décadence successive de la langue latine, à mesure que la langue celtique s'altéra de plus en plus, et que la gauloise fit plus de progrès.
Déjà dès le huitième siècle la langue tudesque apportée par les Francs et protégée par un prince puissant; avait jeté de nouveau la confusion parmi ces divers idiomes. L'empire s'était partagé d'opinion, et la langue gauloise, qui avait déjà le nom de romane, avait eu à lutter contre le franc-teuch, tandis que le celtique, relégué dans les montagnes, et le latin réfugié dans les monastères, mutilés l'un et l'autre et n'offrant plus qu'un corps décharné, avaient enrichi de leurs dépouilles leur heureux rival. Plusieurs moyens furent employés pour introduire le tudesque dans toutes les provinces de la Gaule. Cependant ces moyens furent sans effets; on en trouve la preuve dans une des circonstances de l'alliance conclue en 842 entre Charles-le-Chauve, roi de France, et son frère Louis de Germanie. Les deux princes voulurent consacrer leur union par un serment, et pour que ce serment, qui devait être prononcé par les deux rois en présence de leurs sujets, fût entendu de tous, Louis de Germanie prononça son serment en langue romane. Il est connu de tous ceux qui ont fait des recherches sur l'origine de la langue française (27), et il prouve incontestablement le peu de prosélytes qu'avait faits en France la langue tudesque, qui, bientôt reléguée à la cour, laissa le roman en possession de plaire aux Français; et ce qui ne contribua pas peu à le maintenir dans les provinces méridionales, et plus particulièrement dans les provinces voisines des Alpes, qui furent toujours étrangères au tudesque dont elles évitèrent l'influence par leur éloignement, c'est que le roman était indispensable aux habitans de ces provinces méridionales pour entretenir leurs rapports avec l'Espagne et l'Italie.
 
(27) Il est gravé, d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale, dans le premier volume du Glossaire de la langue romane que nous avons cité plus haut, voyez l'Appendix, n°. 10.
 
Ainsi le tudesque ne fut guère en vogue qu'à la cour jusqu'à la fin du dixième siècle; et enfin la langue romane, qui eut aussi ses divers dialectes, l'emporta et fut bientôt la seule parlée, comme si la langue française n'avait dû prendre son origine que dans la langue même des Français; tant il est vrai qu'une langue ne peut pas être celle de tous les peuples, ni celle de tous les climats. La romane se soutint, et dès le onzième siècle on s'adonna à traduire en cette langue les auteurs latins les plus accrédités. Alors on revint aussi sur le style de quelques écrits en ce genre du neuvième siècle qu'on trouvait déjà vieux, tant les progrès de la langue vers sa perfection étaient rapides.
L'abbé Lebeuf (Lebœuf) nous a conservé un extrait des actes de St. Etienne, martyr, traduits dans le neuvième siècle et revus dans le onzième (28 : (28) Acad. des Belles-Lettres, XVII, 716).
Dès le douzième toute la barbarie de la langue gauloise des siècles précédens avait passé dans la langue latine, et cette dernière n'était plus entendue (29 : Ibid. 719).
A son tour elle reconnut un maître, et dès-lors les Français secouèrent entièrement sous ce rapport le joug traditionnel des Romains.
C'est par cette observation que s'explique l'origine du latin barbare des actes et des écrits postérieurs à l'année 1100 de nôtre ère (30 : La basse latinité est le résultat de causes semblables, quoique dans des circonstances différentes).
Je dis l'an onze cents, parce que c'est dans les actes de cette époque et dans ceux des époques postérieures qu'on trouve dans le latin les mots, les tournures et l'arrangement du roman, tels que ceux-ci, guerra guerre, augmentare augmenter, quittare quitter, aula bassa basse-cour, gardia garde, et autres mots qui, comme ceux-ci, n'ont jamais appartenu à la bonne latinité.
Cette observation est sans réplique, du moins dans l'histoire des idiomes de ce département, parce que les exemples que nous venons de citer sont tous pris dans des actes qui y sont relatifs. Il en résulte que l'influence de la langue romane, telle que nous l'avons indiquée, y fut continuelle, et l'on peut dire si directe, qu'on remarque une grande différence entre le latin des actes de 1267, et celui des actes de 1277 (31 : Voyez les Pièces justificatives de l'Histoire du Dauphiné, par Valbonnais, tome 2e).
Cette circonstance sert en même temps à prouver l'universalité de cette langue (la romane), connue dans toutes les provinces sous le nom de lingua materna, langue maternelle, parce qu'elle était réellement le résultat de la langue primitive des Gaules mélangée avec le latin.
C'est sous cette dénomination que fut connue en Dauphiné la langue vulgaire de ses habitans. Toutefois le latin restait toujours en usage dans les actes publics: tels sont ceux du treizième siècle passés en Dauphiné. Mais nous devons répéter que ce latin des actes n'avait aucune influence sur la langue maternelle, lingua materna, et que le rédacteur de ces actes en les écrivant en latin, était obligé de les expliquer en langue vulgaire au testateur, par exemple, si l'acte était un testament.
Nous en avons une preuve dans le procès-verbal d'ouverture du testament clos, fait le 15 janvier 1277, par Guillaume de Beauvoir.
Ce procès-verbal contient des particularités très-précieuses sur les formalités usitées alors dans de semblables circonstances.
Guillaume de Beauvoir avait fait écrire son testament par Guillaume Quoquebert, notaire, dans la maison de Bonnevaux à Vienne.
Ce testament avait été clos, scellé de dix cachets, et signé sur l'enveloppe par huit témoins qui furent appelés devant Jacques Borgarelli, professeur de droit et juge de la terre de la Tour, pour répondre sur les diverses circonstances relatives à ce testament.
L'un d'eux, Humbert de la Tour, assure par serment que le testateur avait reconnu cet acte comme celui de ses dernières volontés, après que le notaire le lui eut lu mot à mot, et expliqué en langue vulgaire: Item dicit quod testamentum fuit lectum de verbo ad verbum coram ipso domino de Bellovidere, et materna lingua expositum (32 : Ibid. page 16, 2e colonne).
Ce passage sert évidemment à prouver ce qu'on ne saurait trop répéter, que le latin ne fut jamais la langue vulgaire des Gaules, ou tout au moins qu'il ne fut pas celle du peuple ni des seigneurs du Dauphiné. Ce n'est pas cependant que l'instruction y fût moins répandue que par-tout ailleurs; les troubadours de cette province rivalisent de réputation avec ceux des autres contrées méridionales; les seigneurs même se déclaraient hautement les protecteurs des lettres, et en 1278 Guillelmet, fils de Guillaume de Beauvoir, en prenant l'habit de cordelier à Die, se réserva dans son testament une somme de soixante livres viennoises pour acheter des livres (33 : Valbonnais, Histoire du Dauphiné, II, 18, note B).
Ainsi, dès le treizième siècle le goût des lettres était répandu dans le Dauphiné: la langue latine ne reprenait pas pour cela plus de faveur; et dans le quatorzième siècle, les moines étaient si peu familiarisés avec cette langue, qu'il fallut traduire pour eux en français les règles même de leur ordre. Ainsi le frère Thomas Benoît traduisit les règles de l'ordre de Saint-Augustin pour l'usage de son couvent, et en s'adressant à ses frères il leur dit:
“Pour l'amour de vous, très-chers frères,
En français ai traduit ce latin.
Jai mis ou langage vos mères
Les mandemens Saint-Augustin.
Et pour ce que la rieule Monsieur Saint-Augustin enseigne la droite voie du salut, laquelle, mes frères, vos avez enprinse ou pourmis à garder, laquelle chose serait à votre perdition, si bien ne la gardiez,
Garder ne la povez, si vous ne la savez,
Savoer ne la povez, si vous ne l'entendez.
Or sçai-je que plusieurs de vous n'entendent pas bien latin, auquel il fut chose nécessaire de la rieule entendre.
Si ai ladite rieule translatée en français au mieux que j'ai pu et sçu.”
 
Il résulte de cette citation que le latin était à cette époque très-peu connu dans la France. Il devait l'être encore moins dans le Dauphiné, puisque dès 1297, des actes publics y étaient écrits en français: tel est le traité d'alliance conclu la même année entre Humbert Dauphin, Léonette de Gex et Guillaume de Joinville, contre Amédée, comte de Savoie (34 : Ibid). Il en était de même dans les diverses provinces de la France, toujours empressées d'imiter la cour, puisqu'à la cour on écrivait en français, et que c'est en français que Philippe-le-Bel annonça en 1297, à Humbert Dauphin de Viennois, la trève conclue à Tournay avec les Anglais (35 : Ibid).
On ne doit donc pas s'étonner que le latin fût oublié au quatorzième siècle; dans le quinzième on refit les traductions du treizième, et dès- lors le français fut la seule langue parlée. A cette époque les monumens s'accumulent pour constater l'état de la langue. L'imprimerie en a reproduit beaucoup; et l'on peut indiquer comme un ouvrage utile celui qui contiendrait des remarques bien faites sur les révolutions de la langue française, prises sur chacun des mots et des tours qui lui sont propres, en remontant de l'époque où les chefs-d'œuvres de nos grands classiques français l'ont élevée à ce degré de perfection qui en a fait la langue de presque toutes les cours de l'Europe, jusqu'au serment de Louis le germanique, le plus ancien monument connu de la langue gauloise, romane ou française; car ces trois langues ont une origine commune; et comme toutes celles qui ont été parlées et écrites, elles ont été d'abord dénuées de pureté et d'élégance, et ont dû leur perfectionnement successif aux bons écrivains qui s'en sont servis et qui les ont soumises à leur génie; tant il est vrai que le génie des bons écrivains influe nécessairement sur celui de leur langue en la façonnant à leur goût, et en autorisant de leur exemple des exceptions qui, sur leur autorité, deviennent ensuite des règles. Tel fut sur la langue gauloise, romane ou française, l'effet des ouvrages mis au jour dans les différens siècles; tel fut encore le résultat de l'emploi de cette langue perfectionnée dans les actes du gouvernement français. La langue romane fut polie et elle est enfin devenue la langue française du dix-huitième siècle.
Mais ces deux circonstances principales n'ont pas eu le même effet sur la langue parlée
(36 : Dans plusieurs provinces ces circonstances n'ont eu aucun effet sur la langue écrite. Nous citerons à ce sujet l'ancienne province de Béarn, où, dans le dix-huitième siècle, il a fallu faire imprimer en langue vulgaire les ordonnances sur le règlement et la direction de la justice. (Voyez le Stil de la Justicy deu pays de Bearn, par Jérôme Dupoux. A Pau, 1723, in-4°),
 
et il a été moins sensible encore sur la langue d'une classe d'habitans
de la France, à mesure que cette classe a eu moins de rapports avec les grands, les fonctionnaires publics, les auteurs ou les livres; et tels sont en général les artisans qui n'ont besoin que de leur travail pour vivre, et les habitans de la campagne qui ne connaissent que ce qui les touche de près et qui s'imitent mutuellement. C'est surtout parmi le peuple des montagnes qu'un isolement constant entretient les anciennes habitudes de faits et d'idées, les préjugés comme les coutumes dues à des siècles de remarques et d'observations dont le principe est toujours le hasard.
C'est la langue de ces classes nombreuses qui a été presqu'entièrement étrangère au perfectionnement de l'ensemble, et qui forme la langue vulgaire des provinces; c'est à ces idiomes seulement que seront relatives les observations contenues dans la seconde partie de ce Mémoire; et pour le renfermer dans ses bornes naturelles, nous ne parlerons plus que des idiomes vulgaires du département de l'Isère.
Nous les considérerons dans leur ensemble par rapport aux élémens qui les constituent, c'est-à-dire, le celtique, le grec et le latin. Après ces observations générales, nous examinerons ces idiomes par rapport aux divers cantons du département, et nous terminerons par l'indication des principaux ouvrages manuscrits ou imprimés qui nous restent en ces divers patois.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Nouvelles recherches sur les patois

Les Recherches de la France. Étienne Pasquier. 1611. 1621.

Recherches, France, Étienne Pasquier, 1611, 1621, Kindle



LES

RECHERCHES

DE LA FRANCE

D' ESTIENNE PASQUIER (Étienne)

(Editeur: Ramón Guimerá Lorente. V: u, exemple, Pasqvier: Pasquier; suiuant: suivant. I: j: Iean: Jean, Iurisdiction: Jurisdiction)

Augmentees par l' Autheur en ceste derniere Edition, de plusieurs beaux placards & passages, & de dix Chapitres entiers: dont le contenu se void au fueillet suivant.

A PARIS

Chez LAURENT SONNIUS rue S. Jacques, 

au Coq & Compas d' Or.

M. DC. XI. (1611) (Meslange avec 1621) (1643)

Avec Privilege du Roy.


LE LIBRAIRE

AUX LECTEURS.

MESSIEURS, 

Ayant recouvré de l' Autheur de ces presentes Recherches, plusieurs belles & riches augmentations, tant de placards & passages divers, que de Chapitres entiers, j' ay creu que je serois tort & à la reputation d' un si grand personnage, & si bien merité de la France, & à toute la France en general, si je n' en enrichissois cette derniere edition, & n' en gravois quelque recognoissance au frontispice d' icelle. Ce sont Recherches, qui ne seront pas, je m' asseure, estimees indignes d' accompagner les autres, qu' il vous a ja fait voir par cet œuvre. Car outre les rares pieces qu' il y a glacées en divers Chapitres, selon les occurrences, comme en ceux des Jesuites, de l' Admiral Chabot, de Jeanne la Pucelle, des degrez de parentele, & autres: encore puis-je vous affermer qu' il y a rangé dix Chapitres entiers, dont la valeur, à mon advis, n' est moindre que de tous les autres, si peutêtre elle ne les passe de beaucoup. A ceste occasion donc vous en ay-je voulu representer le contenu par la page suyvante. Quoy que c' en soit, si vous les lisez, je ne doute point que vous ne les opposiez à tout le reste, & que vous ne luy en s ensçachiez particulierement quelque gré. 

ADIEU.


CHAPITRES ADJOUSTEZ

EN CETTE DERNIERE EDITION

des Recherches de la France, 

par l' Autheur.

(N. E. Los números de página no coinciden con el pdf original)

I. De la Communauté des biens meubles, & conquests immeubles, qui esten nostre France, entre les mary & la femme.

II. Qu' il est quelquesfois dangereux de mesler les affaires d' Estat, & du Palais ensemble: exemple icy representé par le grand procés qui fut au Parlement de Paris entre Madame la Regente Louyse de Savoye, mere du Roy François I. & Charles Prince du sang, aisné de la maison de Bourbon, Connestable de France. 577

III. Histoire Tragique de Charles, aisné de la maison de Bourbon, Connestable de France. 585

IIII (IV). Deux exemples memorables de Clemence, l' un du Roy François I. en la punition du fait du Connestable de Bourbon: l' autre de nostre grand Roy Henry IIII (IV). en celle du Mareschal de Biron. 599

V. De la famille d' Anjou, qui dés & depuis le temps de Charles frere de S. Luoys (Louis) commanda au Royaume de Naples, & des traverses qu' elle y receut. 639

VI. Des pretensions de la seconde famille d' Anjou sur le Royaume de Naples, & des ruineux voyages qu' elle y fist. 653

VII. Fin de la seconde famille d' Anjou, avec un sommaire discours tant sur le Comté de Provence escheu à nos Roys, que des voyages de Naples par eux entrepris. 662

VIII. d' une grossesse prodigieuse advenue de nostre temps la ville de Sens. 700

IX. De quelques jeux Poetics qu' empruntasmes du Latin, qu' avons payés en monnoye de plus fort alloy, qu' ils ne nous furent prestez. 792

X. Fievre de sainct Vallier, & deux autres exemples de mesme subject. 880

TABLE DES CHAPITRES CONTENUS ES SEPT LIVRES DES RECHERCHES DE LA FRANCE. (9 Livres)

Du premier Livre.

Du tort que les anciens Gaulois, Et (&) ceux qui leur succederent se feirent, pour être peu soucieux de recommander par escrits leur vertu à la posterité, chapitre I. pag. 3.

Que Jules Caesar n' eut les Gaulois en opinion de Barbares, & que l' occasion de ce, vint de leur ancienne police, ensemble de ce que quelques Autheurs Italiens nous veulent blazonner de ce titre, chap. II. pag. 7. 

Combien le nom Gaulois s' amplisia anciennement: & contre les calomnies de quelques autheurs, qui sous leur faux donné à entendre, voulurent obscurir nos victoires, chap. III. pag. 14. 

De ce que l' ancien Romain appelloit les Gaulois legers, chap. IV. Pag. 18.

Quels furent les defaux des Gaulois, au moyen desquels les Romains s' emparerent principalement des Gaules, chap. V. pag. 20.

Des François extraicts de la Germanie, & de leur ancienne demeure, chap. VI. pag. 22.

Des courses que firent les François és Gaules, & comment & en quel temps ils s' en impatroniserent, chapitre VII. pag. 26.

De l' entree, progrés, & fin de la Monarchie des Gots, chap. VIII. pag. 35. 

Du progrés des Bourguignons en la Gaule, & pourquoy ils furent ainsi appellez, chap. IX. pag. 38.

Que les Romains presagissoient la ruine de leur Empire devoir venir de la Germanie, & de quelque fatalité qu' il y a eu en ce pays-là pour le declin de l' Empire, chap. X. pag. 39.

Des Bretons Gaulois, que quelques-uns estirement avoir emprunté leur nom de ceux de la grande Bretagne, chap. XI. pag. 41. 

Des Normans, nouveau peuple de la Germanie, qui occuperent quelque partie de nostre Gaule, chapitre XII. Pag. 44.

Du pays de Gascongne, & du Languedoc, chapitre XIII. Pag. 48.

De ce que nos Autheurs rapportent l' origine des François aux Troyens, chap. XIV. pag. 50.

Des Rois & Ducs que l' on tient avoir regné sur les François auparavant l' avenement de Pharamond à la Couronne, chap. XV. pag. 52.

Du second livre.

Lequel des deux, de la Fortune, ou du Conseil, a plus ouvré à la manution de ce Royaume de France, chap. I. pag. 54.

Du Parlement Ambulatoire, & premiere introduction d' iceluy, chap. II. pag. 57.

Du Parlement estably dans Paris, & des autres de ce Royaume, chap. III. pag. 62. 

De plusieurs particularitez qui concernent le Parlament ch. IV. pag. 77.

De l' ancienneté, & progrés de la Chambre des Comptes, ch. V. pag. 89.

De l' establiment du grand Conseil, & promotion d' iceluy. chap. VI. pag. 103.

De l' assemblee des trois Estats de la France, Cour des Aydes, sur le fait de la Justice, Tailles, Aydes, & Subsides, ch. VII. pag. 108.

Des Tresoriers Generaux de France, chapitre VIII. Page 118.

De l' Ordre des douze Pairs de France, & s' ils furent instituez par Charlemagne, comme la commune de nos Annalistes estime, chap. IX. pag. 121. 

Comment, & vers quel temps l' Ordre des douze Pairs de France fut institué, pour lesquels on appelle le Parlement, Cour des Pairs, & dont vient qu' on requiert leur presence aux sacres & couronnemens de nos Rois. Chapitre X. pag. 127.

Des Maires du Palais, Connestables, Chanceliers, & autres Estats de telle marque, estans joignant la personne de nostre Prince, chap. XI. pag. 135. 

Des Ducs, & origine d' iceux, chap. XII. pag. 141.

Des Comtes, Baillis, Prevosts, Vicomtes, & Viguiers, chap. XIII. pag. 147.

De l' ancienneté des terres tenues tant en Fief, qu' en Alleud: Escuyers, Gentils-hommes: Du Ban & Arriereban, chap. XIIII. pag. 152. 

Des Nobles, Gens-d'armes, Roturiers, Vilains, Chevaliers, Armoiries de France: & plusieurs autres choses de mesme sujet concernans la Noblesse de France chapitre XV. pag. 162.

Du droict d' Aineesse, Apanages, Loy Salique, Succeßions (: successions) aux anciennes Duchez, & Comtez de la France, chap. XVI. pag. 173. 

Gouvernemens des Rois mineurs par les Roynes leur meres, Regences & majoritez de noz Rois, chap. XVII. pag. 181. 

Du troisiesme Livre.

De la preseance du sainct Siege de Rome, sur l' Eglise Catholique, chap. I. pag. 187.

Comment, & vers quel temps le titre d' Evesque universel se planta dedans l' Eglise, & en quelle façon les choses se passerent pour cest esgard, chap. II. pag. 196. 

D' où vient que par succession de temps nous avons appellé l' Evesque de Rome Pape, & que parlans à luy nous usons de ces mots, vostre Saincteté, chap. III. pag. 200.

Comme, & avec quel progrés les Papes s' impatroniserent de Rome, & d' une partie d' Italie, chapitre IV. page 202.

De la dignité de Cardinal introduite en l' Eglise Romaine, chap. V. pag. 214.

Des libertez de l' Eglise Gallicane devant, & sous la premiere lignée de noz Rois, chap. VI, pag. 219.

Du Pallium que le Pape Gregoire premier envoya à quelques Prelats de la France, & que l' ambition d' un costé, & l' affliction des Prelats d' un autre, cuiderent intervertir sous la premiere lignée de nos Rois, la liberté de nostre Eglise Gallicane, chap. VII. pag. 227.

Des libertez de l' Eglise Gallicane sous la seconde famille de nos Rois, chap. VIII. pag. 233.

Du dechet & debauche de nos privileges, sous la seconde lignée de nos Rois, chap. IX, pag. 239.

De l' authorité que les Papes se donnerent depuis la venue de Huge Capet, sur les Empereurs & Rois, interdiction des Royaumes, & autres discours de mesme subject, chap. X. pag. 249.

Des remedes dont les Princes estrangers userent contre les censures Apostoliques, & interdiction de leurs Royaumes, ensemble de ceux que nous y avons apporté sous la troisiesme lignée de nos Rois, chap. XI. pag. 256.

Que nos Rois sont francs, & exempts des censures de la Cour de Rome, chap. XII. pag. 262.

Que depuis la venue de Huge Capet, jusques au Regne de Sainct Louys, les Papes s' authoriserent plus en grandeur sur les Evesques & Ordinaires, qu' ils n' avoyent fait auparavant, & dont en proceda la cause, chap. XIII. pag. 267. 

Des Eveschez, Abbayes, & autres charges Ecclesiastiques, que nous appellons Benefices, & de la nouvelle forme de Republique, qui se planta dans nostre Eglise, depuis que ce mot de Benefice fut mis en usage, chapitre XIV. pag. 271.

Des entreprises de la Cour de Rome sur les libertez de nostre Eglise Gallicane, depuis la venue de Hugues Capet, jusques au regne de sainct Louys, & comment le Clergé de France ne s' en pouvoit taire, chapitre XV. pag. 274.

De l' ordre que Sainct Louys apporta pour la manutention des Libertez de nostre Eglise Gallicane, chap. XVI. pag. 280.

Des Graces, Expectatives, Mandats, Indults Apostolics, Exactions faites en Avignon, & du remede que nostre Eglise Gallicane y aporta, chap. XVII. pag. 283. 

De quelle vertu l' Eglise Gallicane proceda pour exterminer le grand schisme qui advint pendant le siege d' Avignon, & des vertueuses procedures faites contre Pierre de la Lune, dit Benoist tresiesme, chap. XVIII. pag. 287.

Continuation des Calamitez que produisit le siege tenu dans Avignon, & du grand Schisme qui en provint, chap. XIX. pag. 292.

De l' heresie de Jean Hus qui se planta dans le Schisme, & avecq' quelle dignité le Concil de Constance proceda à l' extirpation tant du Schisme, que de l' heresie, par l' entremise de nostre Eglise Gallicane, chap. XX. pag. 295. 

Du Concil tenu en la ville de Basle (Basel, Basilea), quelques ans apres le Concil de Constance, dont fut extraite une bonne partie de la Pragmatique Sanction faite à Bourges du temps du Roy Charles VII. chap. XXI. Pag. 304.

De la nomination que les Graduez des Universitez ont sur les Ordinaires, & dont procede ceste ancienneté, chapit. XXII. Pag. 307.

De l' Université de Paris, chap. XXIII. Pag. 309.

De la puissance que nos Rois ont sur la discipline & meurs de leur Clergé, & comme s' ils veulent regner heureusement, il est requis qu' ils n' en mes-usent, chap. XXIV. Pag. 321.

Des coustumes que le Clergé appelle louables, pour quelquefois couvrir la pudeur de son avarice, chap. XXV. Pag. 324.

Des entreprises anciennes que faisoient les Ecclesiastiques sur la Jurisdiction seculiere, chap. XXVI. Pag. 326.

Des appellations comme d' abus, remede introduit tant contre les entreprises des Ecclesiastics, que reformation de leurs mœurs, chap. XXVII. Pag. 328.

Du Concil de Trente, & que l' Appel comme d' abus est un moyen par lequel on se peut pourveoir contre toutes les entreprises qui se sont au prejudice des libertez de nostre Eglise Gallicane, chap. XXVIII. Pag. 335.

De l' ancienneté des Regales en matiere des Archeveschez & Eveschez, chap. XXIX. Pag. 339.

De l' ordre des Regales sous la troisiesme lignée de nos Rois, serment de fidelité, que les Archevesques & Evesques leur doivent avant que d' entrer en leurs charges, & des investitures que les Empereurs d' Allemaigne faisoyent des Archeveschez, & Eveschez, chap. XXX. 345.

Des Benefices que nous avons dit vacquer en Regale sous la troisiesme lignee de noz Rois, chap. XXXI. Pag. 349.

De l' institution des Chanoines & Prebendes, & dont vient que pendant l' ouverture de la Regale, nos Rois les peuvent conferer. chap. XXXII. 358.

Du profit & emolument des Regales, qui appartient aujourd'huy aux Thresorier & Chanoines de la Saincte Chappelle de Paris, chap. XXXIII. Pag. 362.

Des Oblats appellez Religieux Lais, chap. XXXIV. Pag. 364.

Des Dixmes Infeodees, chap. XXXV. Pag. 368.

De la secte des Jesuites, chap. XXXVI. Pag. 372.

Plaidoyé pour l' Université de Paris encontre les Jesuites, ch. XXVII. Pag. 377.

Quelle compatibilité il y a entre la profession des Jesuites, & les regles, tant de nostre Eglise Gallicane que de nostre Estat. chap. XXXVIII. Pag. 409. 

Du quatriesme Livre.


Du gage de Bataille dont userent anciennement les François, pour la verification de leurs faicts, & par especial és matieres Criminelles.

De l' atouchement du fer chaud, autre maniere de preuve que l'on observoit quelquefois és causes Criminelles.

De l' authorité du Serment, & d' une maniere de preuve qui se faisoit quelquefois par iceluy.

De quelques sorts que pratiquoyent nos anciens François pour s' informer des choses qui leur estoyent à venir.

De l' Estat & condition des personnes de nostre France, avecques un sommaire discours des servitudes tres-foncieres qui se trouvent en quelques unes de nos Provinces, & de leurs manumissions.

Bourgeoisies du Roy, droits de Juree en Champagne, & que nous avons en France quelques images des anciennes libertez de Rome.

Des droits de Juree, & Bourgeoisie du Roy. 

Des Ordonnances de Charlemaigne pour obvier aux fraudes que l' on pratiquoit en France sous le pretexte des Clericatures. 

Des Bonnets qu' on prend aux licences, & maistrises des Escoliers, Estreines, Banquets, que l' on fait à la feste des Rois. 

Pourquoy en matiere de 
cession de biens, l' on fait abandonnement de sa ceinture devant la face du Juge.

Sçavoir si la proposition, que l' on tient aujourd'huy au Palais, que le Roy ne plaide jamais dessaisy, a esté tousjours observée en cest France. 

D' une coustume ancienne que l' on observoit en France, en matiere de prisonniers de guerre. 

Qu' il y eut certain siecle en la France, pendant lequel la signature estoit incognuë.

D' où vient que l' on a estimé les Greffes, & Tabellionnez être du Domaine du Roy, ensemble sommaire discours sur les Notaires, & Clercs des Greffes. 

Jeux de Paulmes, Bonnets ronds.

D' une coustume ancienne qui estoit en France, de crier Noüel pour signification de joye publique.

De la distribution des Offices, & Confirmations d' iceux à l' advenement de Rois, Prevostez en garde, ou en ferme, & autres choses de mesme sujet.

Du Couvre-feu, autrement appellé Carfou, introduit en plusieurs villes de la France.

Vers quel temps un tas de gens vagabons, que les aucuns nomment Aegyptiens, les autres Bohemiens, commencerent de roder en ceste France.

Dont vient qu' anciennement en la France representation n' avoit lieu tant en ligne directe, que collaterale.

De la Communauté des biens meubles, & immeubles, qui est en nostre France entre le mary & la femme.

Sommaire deduction des nombres François. Et pourquoy par V. nous signifions cinq. & par X. dix, & par L. cinquante, & par D. cinq cens.

Des Epithetes que nos ancestres donnerent à quelques uns de nos Rois par honneur, aux autres par attache. Depuis quel temps apres leurs decés leurs Epithetes se sont tournees en ceremonie, ensemble sommaire discours sur les surnoms.

Invention de l' Imprimerie, & Artillerie.

Contre l' opinion de ceux qui estiment que l' invention du Quadrant des Mariniers, est moderne.

De la fatalité qui se trouve quelques fois és noms.

D' une maniere assez familiere aux anciens François, & mesmement aux Advocats au commencement de leurs Plaidoyez d' importance, & des harangues qui se font par les gens du Roy, en la ville de Paris, à l' ouverture des Parlemens.

De quelques maladies dont les aucunes furent autrefois incogneuës, & les autres ont eu seulement une fois cours par la disposition de l' air.

De quelques secrets de nature, dont il est malaisé de rendre la raison.

Que les Sergents faisans leurs exploicts portoient anciennement des manteaux Bigarrez.

Du jeu des Eschecs.

De l' an, & jour que l' on desire és matieres de Retraicts lignagers, & de Complainte. 

Du droict de Chambellage porté par quelques Coustumes, & dont il procede.

Du cinquiesme Livre.

Des admirables exploits de guerre du grand Roy Clovis, forlignement de sa posterité, & comment la Couronne de France fut transportee de sa famille, en celle de Charles Martel.

Que la mort de Bernard Roy d' Italie, petit fils de l' Empereur Charlemagne fut une mort d' Estat, contre l' opinion commune de nos Historiographes.

Guerres civiles, entre l' Empereur Louys le Debonnaire & ses enfans.

(Cheute de la famille de l' Empereur Charlemagne, & de sa posterité.)

Que le Roy Charles le Chauve fut l' un des principaux instrumens de la ruine des Martels, & changement de leur Estat en ceste France.


Livre sixiesme.


De la fatalité qu' il y eut en la lignee de Hugue Capet, au prejudice de celle de Charlemagne, & contre la sotte opinion de Dante Poete Italien, qui estima que Capet estoit yssu d' un Boucher.

Qu' il n' y a riens tant à craindre en une Republique, que la minorité d' un Roy.

Des furieux Troubles qui advindrent en France, sous le regne de Charles VI. 

Du restablissement de l' Estat sous Charles VII. Et comme en cecy il y eut du miracle tres-expres de Dieu. 

Sommaire du Procés de Jeanne la Pucelle.

De deux traicts de liberalitez remarquables. 

De quelques tromperies de Princes par mots à double entente.

Du Royal Apophthegme du Roy François premier de ce nom, & aussi d' une rencontre que luy fit on Moine de Marcoucy.

Du procés extraordinaire fait premierement à Messire Philippe Chabot Admiral de France, puis à Messire Guillaume Poyet Chancelier.

Qu' il est tres-dangereux au suject, quel qu' il soit, de se faire craindre par son Roy, exemple memorable en la personne du Connestable de sainct Paul. 

Qu' il est quelquefois dangereux de mesler les affaires d' Estat & du Palais ensemble: exemple icy representé, par le grand procés qui fut au Parlement de Paris, entre Madame la Regente Louyse de Savoye, mere du Roy François premier, & Charles Prince du sang, aisné de la maison de Bourbon, Connestable de France.

Histoire tragique de Charles, aisné de la maison de Bourbon, Connestable de France. 

Procedures tenuës en la foy & hommage, que feit Philippes Archiduc d' Austriche, à nostre Roy Louys douziesme.

Deux exemples memorables de Clemence, l' un du Roy François premier en la punition du fait du Connestable de Bourbon, l' autre de nostre grand Roy Henry quatriesme en celle du Mareschal de Biron.

De la mort de Marie Sthuart Royne d' Escosse, veufve en premieres nopces de François II. de ce nom Roy de France.

Des mots dorez & belles sentences de Maistre Alain Chartier. 

Sommaire discours sur la vie de Pierre Abelard, & des Amours d' Heloïse.

Traict memorable de Chevalerie, courtoisie, & liberalité du Chevalier Bayard.

De l' honneste amour du Capitaine Bayard envers une Dame, de la sage retraicte de luy en l' execution d' un amour vitieux.

Traits de liberalité du Capitaine Bayard.

De quelle ruze le grand Capitaine Bayard sauva la ville de Maisiere contre les forces de l' Empereur Charles cinquiesme.

Quelles courtoisies receut le Capitaine Bayard non seulement des François, mais aussi de ses ennemys, avecques un sommaire discours de sa mort.

De la juste vengeance de Dieu pour une impieté commise de fils à pere, & au contraire repremiation pour pieté.

Combien les maledictions des peres, & meres contre les enfans, sont à craindre.

Du Royaume de Hierusalem, & pourquoy les Rois de Naples & Sicile se pretendent Rois de Hierusalem.

Quel fruict nous rapportames des voyages d' outremer, que nos Ancestres appelloient Croisades.

De la famille d' Anjou qui dés & depuis le temps de Charles frere de saint Louys commanda au Royaume de Naples, & des traverses qu' elle y receut.

Des pretensions de la seconde famille d' Anjou sur le Royaume de Naples, & des ruineux voyages qu' elle y fist.

Fin de la seconde famille d' Anjou, avec un Sommaire discours, tant sur le Comté de Provence escheu à nos Roys, que des voyages de Naples par eux entrepris.

Qu' il n' est pas expedient pour un Prince, de mettre ses commandemens faicts par colere en prompte execution.

Que les Royaumes ont esté quelquefois conservez pour avoir esté les jeunes Princes mis sous la protection & tutelle de leurs ennemis.

Du traictement que receut Jean de Bourgongne, Comte de Nevers par Basayath (Basaith) Roy des Turcs, & de celuy que receut depuis le mesme Basaith par Tamberlan. 

D' un amour prodigieux de Charlemagne envers une femme.

Du gouvernement des Provinces qui tombe és femmes, & de la magnanimité ancienne de quelques Princesses.

De l' honneste & vertueuse liberté dont usa quelquefois tant la Cour de Parlement de Paris, que Chambre des Comptes, pour la conservation de la Justice.

De quelques traits miraculeux, tant pour garentir l' innocence de la calomnie, que pour averer en Justice un delict, qui ne se pouvoit presque descouvrir. Exemple dernier advenu de nostre temps en la personne d' un nommé Martin Guerre.

Preuve miraculeuse advenuë tant au Parlement de Rouen, que de Paris, pour deux crimes dont la preuve estoit incogneuë aux Juges.

Qu' il est quelquefois expedient pour le bien de la chose publique passer pardessus les formalitez de Justice.

Que ce n' est pas un petit secret à un homme d' Estat, d' avoir des Predicateurs à poste.

Histoire memorable d' un jeune homme de prodigieux esprit.

D' une grossesse prodigieuse advenue de nostre temps en la ville de Sens.

De Seigneurs de Seissomme & d' Origny freres jumeaux conformes de face, & façons en toutes choses.

Du malhereux succés d' Anguerrand de Marigny, & de quelques autres exemples de mesme Tragedie.

Des Songes. 

De quelques memorables Bastards, qui ont esté en ceste France, & autres discours de mesme sujet.

De la charité de six notables Bourgeois de la ville de Calais envers leurs Citoyens.

Excellente response d' une femme à un frere Prescheur, pour induire les hommes à bien faire, seulement pour l' honneur de Dieu.

De deux accidens casuellement advenus au Parlement de Paris, portans presages des malheurs qui depuis advindrent en la France. 


Du septiesme Livre.


De l' Origine de nostre Poësie Françoise, chap. I. pag. 712.

Des vers Latins Rimez que nos ancestres appelloient Leonins, & pourquoy ils furent ainsi appellez, ch. II. Pag. 715.

De l' ancienneté & progrés de nostre Poësie Françoise, chap. III. Pag. 718.

De la Poësie Provençale, chap. IV. Pag. 727.

Des Chants Royaux, Ballades & Rondeaux, chap. V. pag. 731.

(Chapitre VI?)

De la grande flotte de Poetes que produisit le regne du Roy Henry deuxiesme, & de la nouvelle forme de Poesie par eux introduite, chap. VII. pag. 738.

Quelques observations sur la Poesie Françoise, chapit. VIII. Pag. 748.

Si la Poesie Italienne a quelque advantage sur la Françoise, chap. IX. Pag. 755.

Que nostre langue Françoise n' est moins capable que la Latine de beaux traicts Poetics, chap. X. pag. 760.

Que nos Poetes François imitans les Latins les ont souvent esgalez, & quelquefois surmontez, chap. XI. Pag. 763.

Que nostre langue est capable des vers mesurez tels que les Grecs & Romains, chap. XII. Pag. 778.

De quelques jeux Poetics, Latins & François, ch. XIII. p. 784.

De quelques autres jeux Poetics, qu' empruntames du Latin, qu' avons payez en monnoye de plus fort alloy qu' ils ne nous furent prestez, chap. XIV. Pag. 792.
(
Des vers Latins retournez, & comme les François de nostre temps ont emporté en cecy le devant des anciens.)

Vers François tant rapportez que retournez.


Du huictiesme Livre.

De l' origine de nostre vulgaire François, que les anciens appelloient Roman, & dont procede la difference de l' Orthographe, & du parler, chap. I. pag. 799.

De combien d' Idiomes nostre langue Françoise est composee, & si la Gregeoise y a telle part comme l' on pretend, ensemble de quelques anciens mots Gaulois, & François, et autres qui sont purs Latins en nostre langue, chap. II. gap (pag) 805.

De la diversité de l' ancienne langue Françoise avecques celle du jourd'huy, chap. III. Pag. 810.

Dont vient qu' en nostre langue Françoise parlans à gens de plus grande qualité que nous, on use du mot de vous, pour tu, & au menu peuple du mot de tu, pour vous, chap. IV. Pag. 816.

De ces mots de Dom, Dam, Vidame, Dame, Damoiselle, Damoiseau, Sire, Seigneur, Sieur, chap. V. pag. 819.

Des mots qui par leur prononciation representent le son de la chose signifiee, que les Grecs appellent Onomatopeies, & signamment des mots Ahan, & Ahanner, chap. VI. pag. 826.

De ce que nous appellons Sales à faire Festes, les Sales ordonnees pour faire dances & banquets, & de ces mots, Festins, & festoyer, chap. VII. pag. 828.

Apprendre, ou dire quelque chose par cœur, ch. VIII. Pag. 831.

Du Proverbe, Je veux qu' on me tonde, dont userent anciennement nos Peres & ayeuls, pour signifier une peine, chap. IX. Pag. 833.

Du Proverbe, Faire la barbe à quelqu'un, chapitre X. page 836.

Du Proverbe, Bonne renommee vaut mieux que ceinture doree, chap. XI. Pag. 837.

Laisser le Monstier où il est, chap. XII. Pag. 838.

Des mots de Clerc, & Secretaire, & du Proverbe, Parler Latin devant les Clercs, chap. XIII. Pag. 840.

Plus resolu que Bartole, ou bien resolu comme un Bartole. (Chapitre XIV)

Sur ce que le peuple compare la femme qui s' addresse au pire, à la Louve, & de quelques autres Proverbes empruntez de la nature du Loup. 

Entre Chien & Loup.

Faire des Chasteaux en Espagne.

Des Proverbes qui sont tirez en nostre langue de ce mot, Chapperon.

De ces mots, Maistre, Souverain, Suzerain, Sergent.

De ces mots, Assassin, Assassinat, Apanage, mots empruntez des Voyages d' Outre-mer.

Dont vient ce cry public, Saint Denis Mont-joye, que l' on dit avoir esté autrefois usurpé par nos Rois en champ de bataille.

De ce que par maniere de gausserie on appelle Puceaux ceux qui au soufle de leur haleine r'allument une chandelle esteinte.

De quelques Proverbes François tirez des Monnoyes.

De ces mots, Compagnon, Compagnie, Compain.

De quelques manieres de parler tirees de la nature des Fiefs. 

De ces mots de Fy entre les François, & de Physicien, usurpé pour Medecin par nos Ancestres.

De ce que nous appellons nos creanciers Anglois.

Nul n' est Prophete en son pays.

C' est la Coustume de Lorry, où le batu paye l' amende.

D' où vient le mot de Bessons, & quelques autres mots François, tirez de mesme etymologie.

Gehir, & Gesne.

De la derivaison de ce que l' on dit Guet apens.

Passer plusieurs choses par un Fidelium, & autres Adages de mesme subject.

De ces mots, Veilles des Festes, Vespres, Encens, Reliques, & Collations que l' on fait quand on jeusne.

Courir l' Esguillette. 

Du mot, Abandonner, & de son origine.

Ferté, Parage, Piédefief, & autres dictions racourcies en nostre langue.

Avoir laissé les houzeaux, pour denoter un homme qui est mort.

Fievre de S. Vallier, & deux autres exemples de mesme sujet.

Plus malhereux que le bois dont on fait le Gibet.

Qui a à pendre n' a pas à noyer.

Tru, Truage, Truant, Maletoulte, Pautonnier, Coquin, Cagnardier, Gueux de l' ostiere.

De ces mots, Voleurs, & Brigands.

Ribaux, Ribaudes, Roy des Ribaux.

Capet & Hutin.

Mestayer, Moytoien, Mien & Tien.

De ce que le peuple dit un homme estre bon, riche, ou vertueux par dessus l' espaule, lors qu' il se mocque.

Sans Feu & Leu.

Entendre le Numero.

Beau pere, & autres mots concernans tant la Parenté, qu' Affinité, ensemble de quelques autres mots, dont l' usage ne seroit peut estre hors propos.

Du mot de Bande, dont les François usent pour Assemblee.

De ce mot, Tintamarre.

De ceste diction, Riens.

Marquis, Marchal, Mareschal, Maire.

Du mot, Huguenot.

Vespres Siciliennes, Proverbe sur lequel est par occasion discouru de l' Estat ancien de la Sicile, & des traictemens que recevrent ceux qui la possederent.

De ces mots, Traistre (Trahistre), Trahir, Trahison.

Rompre la Paille, ou le Festu avec quelqu'un.

Patelin, Pateliner, Patelinage, & de quelques Adages & mots que nos ancestres tirerent de la Farce de Patelin.

Villon, Villoner, Villonnerie.

Pleger celuy qui boit à nous d' autant, Couquu, Avoir veu le Loup, Loup-garou, Abry, Toutes manieres de dire dont on use à contre-sens.

De quelques particuliers Proverbes, & mots dont le peuple use par corruption de langage.

De quelques lettres doubles qui sont dans nostre Alphabet, K. Q. X. ET. 9. 

Fin.

Livre neufiesme.

Que la Gaule depuis appellée la France, de toute ancienneté a esté studieuse des bonnes lettres.

Ville de Paris.

Opinion commune que Charlemagne a esté fondateur de l' Université de Paris.

Que l' opinion est erronée, par laquelle on attribuë l' institution de l' Université de Paris à l' Empereur Charlemagne.

Premiere institution & progrez de l' Université de Paris, & de son ancienne situation.

Suite de la fondation de l' Université de Paris.

Vers quel temps les estudes de Paris prindrent le nom & le titre d' Université.

Que ce n' est pas un petit honneur à la ville de Paris, d' avoir esté premierement nommee Université sous le regne de Philippes Auguste.

Que du commencement il n' y avoit que deux Facultez és escholes de Paris, qui print le nom d' Université.

Faculté de Theologie.

Faculté de Decret.

Faculté de Medecine.

En quels lieux de la ville se faisoient les leçons aux escoliers avant l' introduction des Colleges, où elles sont depuis abouties.

Conclusion de tous les discours precedens concernans l' Université de Paris. (Université de Naples)

Introduction des Colleges, & signamment de celuy de la Sorbonne.

College de Navarre.

Autre plant des escoles de l' Université de Paris.

Introduction des Professeurs du Roy, autre plant des escoles de l' Université de Paris.

De trois chaires publiques fondees en l' Université de Paris, sur le modele des Royalles, par trois de privee condition.

Premier abus qui s' est trouvé en la promotion des professeurs du Roy, qui en produit plusieurs autres au prejudice de l' Université.

Chancelier de l' Université.

Recteur de l' Université.

Jurisdiction contentieuse du Recteur.

Escoles de France, Picardie, Normandie, d' Angleterre: ceste-cy aujourd'huy nommee d' Allemagne, & depuis quel temps, & pourquoy.

Reformations de l' Université de Paris.

Que nos Roys ont eu sur tous autres, bonne part en la creation & directions des universitez de France, & que de toute ancienneté ils ont qualifié l' Université de Paris leur fille.

Privileges octroyez par nos Roys à l' Université de Paris.

Sçavoir si la science des Loix reduite en Digestes sous l' authorité de Justinian, a esté autresfois enseignee en l' Université de Paris.

Invention de l' Imprimerie, & comme & vers quel temps la langue Latine commença d' estre diversement cultivee en l' Europe.

College & Confrairie des Chirurgiens en la ville, Prevosté & Vicomté de Paris.

Du different ancien, qui a esté & est entre la faculté de Medecine de Paris, & le College des Chirurgiens.

Des differens d' entre les Chirurgiens & Barbiers.

Que le Droict Civil des Romains, compilé par l' ordonnance de l' Emp. Justinian, fut longuement perdu, & quelque centaine d' ans apres retrouvé.

Restablissement du Droict Civil des Romains, & premier aage de ceux qui le commenterent.

Second aage de ceux qui commenterent le Droict.

Des deffenses faites par le Pape Honoré III. d' enseigner le Droit des Romains en l' Université de Paris.

Universitez de Loix, & quand, & comment le Droict Civil des Romains se vint loger en nostre France.

Du nouvel ordre de Pratique judiciaire, que nos ancestres enterent sur le Droit Civil des Romains.

Troisiesme aage de ceux qui ont mis leurs plumes sur l' explication du Droict Romain.

Pays coustumier, & de Droict escrit en la France.

Par quelles personnes estoit anciennement la Justice renduë en France, & de quelques ineptes chicaneries, que nous avons depuis tirees du Droict des Romains.

Fiertre de S. Romain de Rouen, & de son ancien privilege.


LIVRE DIXIESME.


Admirables secrets de la toute-puissance de Dieu, qui se trouvent en la premiere famille de nos Roys.

Deportemens extraordinaires tant bons, que mauvais, de la Royne Fredegonde, selon la commune leçon de nos Historiographes.

Quel aage pouvoit avoir le jeune Clotaire, lors que Fredegonde sa mere en fit pavois contre ses ennemis.

Deportemens dereiglez de la Royne Brunehaud, suivant la commune leçon de nos Histoires.

Sommaire recueil des vices qu' on impute à Brunehaud.

Comparaison des deportemens de Fredegonde & Brunehaud Roines, selon l' ancienne leçon.

Folles amours de la Roine Fredegonde avec Landry Maire du Palais. Meurtre du Roy Chilperic par eux procuré. Histoires fabuleuses.

Diverses leçons en l' histoire de la Roine Brunehaud, avec un sommaire discours de ce qu' on trouve à son advantage, tant dedans Gregoire de Tours, que S. Gregoire Pape.

Qui sont les Autheurs qui ne condescendent à la farouche opinion des vices & cruautez qu' on impute à Brunehaud.

Premier traict de cruauté tres-damnable, faussement imputé à Brunehaud.

Seconde cruauté signalee, faussement improperee à Brunehaud.

Troisiesme cruauté, dont faussement on accuse Brunehaud.

Sur ce que l' on impute à Brunehaud, que pour se vanger, elle fit entendre à Theodoric, que Theodebert estoit fils d' un Jardinier; Qui fut le seminaire des divisions des deux freres.

Autres, tant cruautez qu' amourettes, imputees à Brunehaud sur sa vieillesse.

Vie du bon Pere Colombain, & banissement indigne contre luy procuré par la Royne Brunehaud.

Que du precedant Chapitre on peut recueillir qu' on attribue faussement plusieurs cruautez à Brunehaud, & autres mal-façons de sa vie.

Que sans calomnie on ne peut remarquer en Brunehaud, qu' elle fut cause de la ruine des Roys Theodebert & Theodoric ses petits enfans: ainsi que la commune de nos Historiographes soustient.

Quel jugement nous pouvons faire de la vie de Brunehaud, par le livre de l' Abbé Jonas, qui escrivit la vie de sainct Colombain, observation non à rejetter.

Procedures extraordinaires inexcusables, & faits calomnieux, sur lesquels la Royne Brunehaud fut exposee à un impiteux supplice.

Dont procederent les calomnieuses accusations contre la Royne Brunehaud, & qui fut la vraye cause de la cruauté exercee contre elle.

Qu' entre tous les Roys de France, Clotaire second semble avoit esté le plus heureux, & neantmoint qu' en luy commença la ruine de la premiere famille de nos Roys.

Qui furent Fredegaire & Aimoin les mesdisans.

Quelle creance on doit avoir en Aimoin parlant du temps de Fredegonde, & de Brunehaud.

Qu' Aimoin faisant mention de Brunehaud, en parle avec passion contre l' honneur d' elle.

Cheute de la seconde famille de nos Roys.


Pour-parler du Prince.

Pour-parler de la Loy.

Pour-parler d' Alexandre.


Extraict du Privilege du Roy.

FIN.

(Texte grec. + Image. Étienne Pasquier. Thomas * de Lev * F *. 

– Anno aetatis 87 – Steph. Paschasius Regiarum Rationum Patronus – Nulla hic (î: hinc) Paschasio manus est, lex Cincia quippe Caussidicos nullas sanxit habere manus. - L. Gaultier incidit. 1617.)

Étienne Pasquier. Thomas de Lev – Leu


Ne frustra in tabula manum requiras, 

En vultum aspicito, manum videbis.

N. Audebertus in supremo Armoricum senatu Consiliarius.